Essai
Le défilé est la partie visible
Ce qu’on voit dure trois jours. Ce qui le rend possible dure toute l’année — et n’est mesuré nulle part.
Un carnaval se raconte toujours par ses images : les masques, les couleurs, la foule. C’est ce que l’on photographie, ce que l’on partage, ce dont on se souvient. Mais un défilé de trois jours suppose des mois d’ateliers, des commandes de matières, des heures de travail, des trajets, des repas, des nuitées et des paiements.
Ce que le défilé suppose
Derrière chaque masque, il y a une chaîne : une matière achetée quelque part, un savoir-faire acquis lentement, un temps de travail rarement compté, un prix rarement affiché. Cette chaîne est une économie. Elle emploie, elle achète, elle vend, et elle ne figure dans aucune statistique publique.
Le problème n’est pas que cette économie soit petite. C’est qu’elle soit invisible.
Une activité qu’on ne mesure pas ne peut pas être financée, protégée ni développée. Elle ne peut pas non plus être défendue quand on décide de son avenir à sa place. Rendre visible n’est donc pas un exercice académique : c’est une condition pour que ceux qui produisent aient voix au chapitre.
Ce que nous cherchons
Nous ne cherchons pas à prouver que le carnaval « rapporte ». Nous cherchons à savoir combien de chaque gourde dépensée reste sur le territoire, et par quelles portes le reste s’en va. C’est une question plus modeste, et beaucoup plus utile.